Affronter le changement

Samedi 17 mars dernier s’est déroulée la sixième édition de TEDxHECMontréal. Une conférence qui tournait autour des « changements qui importent ». Mais quels sont ces changements et quel est leur impact sur nos vies ?

Jean-François Bertholet, professeur à HEC Montréal, a abordé le sujet des organisations où il fait bon travailler. Loin du climat malsain instauré par le capitalisme et la recherche du profit. Un climat qui déteint sur les chefs d’entreprises mais aussi sur leurs salariés qui finissent par être totalement épuisés. Certains défendent pourtant d’autres alternatives comme la pronoïa. Une organisation où autrui et la communauté sont mis en avant. Un altruisme qui découlerait sur le salarié, heureux de donner son maximum pour l’entreprise. Un cercle vertueux avec des effets positifs sur les profits aussi. L’entreprise du 21ème siècle ne doit plus être individualiste mais tournée autour de la communauté.

Vincent Falk, photographe français, a quant à lui abordé la question de l’intelligence artificielle et du remplacement de l’homme par la machine sous un regard bien différent de ce que l’on entend dans les médias. Selon lui, combattre ce changement est inutile. Il faut seulement savoir en tirer le positif. Pour gagner contre la machine, il faut valoir plus que la machine en pensant différemment. Toutes nos expériences humaines et professionnelles nous apportent des compétences diverses. La clé est de savoir réutiliser à bon escient ces compétences. Il faut donc diversifier les expériences, mettre en avant la différence, la créativité et la flexibilité. Ce sont ces expériences qui nous rendent plus riches que la machine.

Enfin, Niels Billou, sommité du design thinking, estime que l’idée de réussite doit aussi être revisitée. Elle ne peut plus se mesurer à la possession personnelle. La vraie réussite est maintenant collective. C’est en écoutant les besoins de l’autre et en créant à ses côtés que l’on peut résoudre un réel problème et contribuer à la société.

« Le monde évolue plus vite qu’on n’aurait pu l’imaginer. En 18 ans, plus de choses ont changé que durant le siècle précédent. Demain nous devrons être préparés à un avenir différent. »

Connaître son cerveau pour savoir comment apprendre

Au Canada, Marielle Bonneau, conseillère pédagogique et orthopédagogue, s’est lancée dans un nouveau projet de recherches pour prouver que tous les enfants sont capables d’apprendre et que le personnel enseignant détient le pouvoir de développer leur intelligence.

Ce nouveau projet consiste à apprendre aux élèves le fonctionnement de leur cerveau pour leur permettre de se concentrer sur une tâche, mémoriser des informations, trouver des stratégies pour obtenir des résultats et réguler leurs émotions. A l’aide d’images et de métaphores, l’enfant parvient à comprendre comment son cerveau fonctionne et peut par conséquent identifier ce qui ne va pas.

Pour prouver ses dires, M. Bonneau a par exemple fait comprendre à un enfant qu’il dérangeait toute sa classe en le munissant d’une lampe frontale qu’il braquait dans tous les sens. Les ateliers «À la découverte de mon cerveau» ont été élaborés avec toute une équipe d’orthopédagogues et de conseillères pédagogiques de la Commission scolaire des Bois-Francs (Québec) avec la contribution des profs qui acceptent de les animer.

L’important maintenant pour mesurer l’efficacité de ces ateliers est de comparer les résultats de deux classes. L’une ayant participé à ces ateliers et l’autre non. Tant du côté des élèves que des professeurs. M. Bonneau précise que pour que ces ateliers soient efficaces, chacun doit y mettre du sien, y compris les professeurs et les parents. Ils doivent réinvestir les connaissances et le vocabulaire avec l’enfant. S’organiser, planifier, mémoriser, concentrer son attention constituent des clés pour apprendre.

Ses travaux comment à avoir un écho jusqu’en Normandie. Particulièrement auprès de Sandrine Rossi, maître de conférences en psychologie cognitive de l’Université Caen. Cette dernière souhaite s’associer aux résultats de la conseillère pédagogique pour valider le résultat de ses recherches en dépistage précoce chez les petits du préscolaire. Deux classes de pré-maternelles seront choisies l’an prochain pour expérimenter cette méthode.

Pour terminer, Marielle Bonneau insiste vraiment sur le rôle essentiel des parents, qui peuvent être considérés comme des guides pour leurs enfants. Jouer avec son enfant, c’est une manière d’être entièrement présent à lui, de lui permettre de développer des stratégies, de stimuler ses capacités d’apprendre.

 

Les bons élèves de l’innovation canadienne

Le Canada ne brille pas en matière d’innovation. Pourtant, les universités canadiennes, elles, se classent parmi les 100 meilleures du monde ! Que faut-il donc à l’unifolié pour remonter dans le palmarès ? Certains acteurs du milieu suggèrent de combler le fossé entre universités et entreprises. L’École de technologie supérieure (ÉTS) et le Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale au Québec (CRIAQ) pourraient bien être le pont entre ces deux solitudes. Lorsqu’on pense au succès de ces institutions, il est possible de résumer leur modèle en un mot : «collaboration».

Vincent Sabourin, directeur de l’Observatoire des stratégies de commercialisation de l’innovation de l’ÉSG, affirme ce qui suit : «S’il n’y a pas d’ingénieur, il n’y a pas d’innovation. Et il existe au Québec un grand déficit d’ingénieurs en région pour tenir les usines à niveau.» L’innovation doit ensuite être transférée entre les centres de recherche, transfert qui peut s’opérer grâce à la collaboration des différentes instances. Cependant, cette approche n’est pas un réflexe pour toutes les industries.

L’ÉTS : la pratique, encore et toujours

L’ÉTS a été créée afin de renforcer le lien entre la recherche et l’industrie. Dans cette école d’ingénieurs, la plus grande du Québec avec ses 11 000 étudiants, la moitié du conseil administratif est membre de l’industrie. «Dès la création de l’école, on avait la volonté de former des ingénieurs sur le plan pratique. À l’époque, l’ÉTS s’était déjà alliée avec des industriels. Ces derniers ont influencé les instances», explique Pierre Dumouchel, directeur général de l’école québécoise.

Chaque étudiant est par ailleurs obligé d’effectuer trois stages durant son baccalauréat. Ces stages ont évidemment pour but de former les élèves, mais ils influencent aussi indirectement les programmes et l’enseignement. «Ce sont des occasions où les étudiants se mesurent à la réalité de l’industrie. En revenant en cours, ils influencent les professeurs», précise M. Dumouchel. Cela concerne aussi bien les méthodes employées que les outils de travail, comme les logiciels ou les machines.

Quant aux professeurs en ingénierie, ils se doivent d’être à la fine pointe : bien sûr, il leur faut tout d’abord être ingénieurs, mais ils doivent aussi avoir de l’expérience dans l’industrie. Enfin, il leur faut soutenir la recherche du corps professoral, et donc, accepter de travailler à McGill ou à Concordia, par exemple.

CRIAQ : la collaboration avant tout

Le CRIAQ est «l’exemple de ce qu’un modèle de collaboration peut accomplir dans des conditions optimales», estime Denis Faubert, directeur général du CRIAQ, antenne québécoise du Consortium en aérospatiale pour la recherche et l’innovation au Canada (CARIC). M. Faubert reconnaît que le CRIAQ jouit de conditions qu’on ne trouve pas forcément dans toutes les industries ou dans d’autres pays. «Si on le voulait, on pourrait construire un avion avec les ressources se trouvant dans un rayon de 50 km de Montréal», déclare-t-il

La proximité des différents acteurs de l’industrie, ainsi que le fait que les trois grandes entreprises OEM (Original Equipment Manufacturer) – Bell Helicopter, Bombardier-CAE et Pratt & Whitney Canada – ne soient pas en concurrence directe, a permis le bon développement du CRIAQ. «Les autres consortiums font de l’excellent travail, mais je dois reconnaître que nous sommes chanceux», avoue M. Faubert.

Par ailleurs, tous les projets du CRIAQ exigent une collaboration d’au moins deux universitaires et deux entreprises. «En moyenne, nous avons cinq ou six participants par projet», ajoute Denis Faubert. Cette collaboration demande un effort financier beaucoup moins important pour les PME, puisque les coûts sont séparés entre les différents acteurs et le CRIAQ. «Ce qui rend notre consortium particulier, c’est que les entreprises divulguent leurs problèmes et invitent les personnes et les entreprises à collaborer pour les résoudre», explique Vincent Sabourin. Le CARIC et le CRIAQ organisent un forum chaque année, à tour de rôle. En 2017, l’événement, dont l’hôte était le CARIC, s’est déroulé à Vancouver ; l’an prochain, ce sera au tour du CRIAQ de le présenter, au Palais des congrès de Montréal.

Quelles que soient les industries, l’innovation devra se faire de manière collaborative, mais aussi multisectorielle. L’émergence du big data, de l’internet des objets et de l’intelligence artificielle force les entreprises à travailler entre elles ainsi qu’avec les universités.

Source : Les affaires.com