Pédagogie inversée et learning lab à l’école de l’immobilier de Nantes

Réalité virtuelle, vitrine digitale, maquette numérique et même réseaux sociaux… Après des années d’attentisme, le secteur de l’immobilier accélère et prend le virage du numérique. Les métiers se digitalisent de fond en comble. L’expérience client, elle, est en cours de rénovation. Des bouleversements qui imposent, bien évidemment, de réaménager en profondeur les standards de la formation des futurs professionnels.

Valérie Caillard est directrice du campus ESPI de Nantes. Fin 2017, le Groupe ESPI a obtenu pour la 9e fois la 1ere place du classement Eduniversal des meilleures Licences et Bachelor en immobilier. | DR

Valérie Caillard, directrice du campus de Nantes de l’École Supérieure des Professions Immobilières (ESPI), en est convaincue, « avec la digitalisation, nous sommes en train de transformer voire de réinventer totalement les métiers de l’immobilier autant que les usages. »

La réalité virtuelle pour visiter votre future maison sans se déplacer

Fini donc le parcours du combattant lors de l’achat d’un bien immobilier. « Dorénavant, tout se passe à nouveau en l’agence. Avec la réalité virtuelle, l’expérience client est augmentée. Résultats : fini les visites à n’en plus finir. L’acheteur gagne du temps mais aussi en qualité de conseil. »

Et ce qui est vrai pour les métiers de l’agence l’est également pour les métiers de la promotion, de l’ingénierie financière ou encore de l’expertise ou de l’administration de biens. « Avec le BIM – Building Information Modeling, on est entré dans l’univers de la data. La maquette numérique permet de modéliser les informations techniques d’un bâtiment. Plus besoin de faire une déclaration pour signaler un sinistre. Tout se fait en ligne via une application dédiée. Même chose en ce qui concerne la relation syndicat de copropriété et artisans. C’est quasiment du temps réel. »

ESPI Nantes, un campus pilote

Du côté du groupe ESPI, où chaque année près de 1 500 étudiants sont formés aux différents métiers de l’immobilier, ce virage du numérique a été anticipé depuis déjà plusieurs années. « Cette révolution du numérique nous impose de penser et de former différemment nos étudiants. D’où le déménagement de notre campus nantais dans de nouveaux locaux qui va nous permettre de déployer de nouvelles méthodes d’enseignement et de mettre à disposition de nos étudiants des outils professionnels et connectés afin qu’ils s’aguerrissent à ces nouvelles pratiques. »

Dans les faits, le nouveau campus ESPI de Nantes est équipé, sur 1 800 m2, de salles de classe classiques mais également de meeting rooms dédiées au travail en groupe ainsi que d’un learning lab permettant d’utiliser la pédagogie inversée. Tous sont équipés d’écrans tactiles ou smart board ainsi que d’une connexion internet.

« Notre méthode repose sur une pédagogie inversée. Les étudiants se confrontent d’abord au réel via des cas pratiques. Et de là, nous les emmenons vers la théorie et la compétence métier, » souligne Valérie Caillard.

 Former et incuber les talents de demain

Au programme des étudiants du campus de l’ESPI de Nantes : une initiation à l’utilisation des nouvelles technologies comme les lunettes de réalité virtuelle en matière de négociation, mais également des démonstrations d’utilisation de logiciel 3D ou encore le partage d’informations ou la modération de commentaires sur les réseaux sociaux.

Des compétences indispensables quelle que soit la spécialité envisagée, insiste Valérie Caillard : « Demain, tous les professionnels de l’immobilier devront être agiles et connectés. La maîtrise des outils et des techniques leur permettra notamment de pouvoir réinvestir la relation client et de créer les conditions de la confiance. »

« Incubateur de talents de l’immobilier »

Tout au long de leur cursus, les étudiants sont par ailleurs confrontés aux professionnels en activité : « Cette interaction est nécessaire. Elle permet aux étudiants de se familiariser avec les innovations du secteur, de se connecter à l’écosystème local en identifiant les acteurs du marché de l’immobilier ainsi que de créer les conditions d’un renouveau du secteur. Notre rôle c’est d’être l’incubateur des talents de l’immobilier de demain. »

Source : Ouest France

Semaine de la « classe inversée » partout en France

Cette semaine est organisée partout en France -et dans plusieurs autres pays- la semaine de la classe inversée, avec notamment un congrès mercredi à Rennes. La « classe inversée » est une méthode pédagogique en plein développement : les enseignants sont de plus en plus nombreux à l’utiliser, et plus d’un million d’élèves en France seraient aujourd’hui concernés, principalement au collège et au lycée.
Il s’agit de consacrer l’essentiel du temps de classe aux activités, aux travaux en petits groupes, alors que la découverte des notions de base, la lecture d’un texte, seront faits à la maison.

Une méthode utilisée par exemple par Régine Ballonad-Berthois, prof d’anglais au collège Léonard de Vinci de Saint Brieuc, et membre de l’association « Inversons la classe » :

« En fait, on passe du « face-à-face » au « côte-à-côte » : en tant qu’enseignante, je ne suis plus face à mes élèves, mais vraiment dans ma classe, à côté de mes élèves, et je les accompagne, je réponds à leurs besoins, en fonction du travail qu’ils ont à réaliser.. »

Pour Régine Ballonad Berthois, si la « classe inversée » ne doit pas être vue comme une méthode miracle et infaillible, pas question pour l’enseignante de revenir en arrière : elle constate des bienfaits évidents pour la progression des élèves :

« La différence est nette pour l’engagement des élèves. Ils travaillent en groupes, il y a une émulation qui se crée, ils vont se soutenir les uns les autres : ce ne sont pas des groupes de niveaux, mais des groupes hétérogènes. Les élèves les plus faibles posent des questions qui permettent aux plus forts de voir s’ils ont véritablement compris, et s’ils sont capables d’expliquer à leurs camarades.. »

Toute la semaine, des ateliers, des rencontres sont organisés dans l’Ouest comme dans toute la France, avec parmi les moments forts un congrès, mercredi, à Rennes, au pôle numérique Rennes Villejean, de 9h à 17h.

Reportage de Yann Launay.

Jeudi ce que je veux : le p’tit bac

Le p’tit bac, c’est un joli souvenir ancré dans ma mémoire avec mon  « pépé » et mes cousins germains autour de la table ronde en bois de la cuisine de Sept Vents.
On choisissais une lettre et hop c’était parti pour les villes d’Europe, les mammifères, les plantes, les bonbons et tout le dictionnaire des catégories terrestres commençant
par la lettre …

Pour le nouveau Bac, le grand oral est prévu pour une durée de 30 minutes. 30 minutes du jeu des 1000 euros ?  de questions pour un Champion ? de culture générale ?

Heureusement on y jouera pas toute son année puisque 40% sera le résultat du contrôle continu et que les 2 grandes épreuves écrites choisies et passées au Printemps permettront d’obtenir une majorité de points. Mais si je compte bien, moins d’épreuves écrites, plus d’oral, l’écrit continuera donc de diminuer et l’orthographie risque encore d’en payer les pots cassés. Au secours Voltaire ! Au secours Malherbe !  Voilà un nouveau coup joué en votre défaveur… Dommage en début d’année on nous annonçait plus de dictées à l’école…. Est bien rationnel tout cela ?

Votre rédac’chef

 

Le nouveau bac

Fin des séries L, ES et S, un grand oral et une dose de contrôle continu : les propositions pour réformer le baccalauréat

Une nouvelle version du bac est proposée au ministre de l’Education nationale, mercredi, par l’ex-directeur de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot.

La réforme du baccalauréat se précise : les filières du bac général sont amenées à disparaître pour être remplacées par un tronc commun et des options à la carte. C’est le sens des propositions avancées par Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences Po Lille, pour réformer le bac comme le souhaite le gouvernement. franceinfo révèle les grandes lignes de ce rapport remis mercredi 24 janvier au ministre de l’Education nationale.

Un tronc commun et des « majeures »

L’auteur du rapport préconise de supprimer les séries L, ES et S au profit d’un tronc commun et d’options aux choix. Le tronc commun à tous les élèves doit être composé, selon Pierre Mathiot, de l’histoire-géographie, des mathématiques, des deux langues vivantes, de l’EPS, du français jusqu’en première et de la philosophie en terminale.

À ces matières obligatoires s’ajoutent, à partir de la seconde, des options qui deviendraient « des majeures » en première et en terminale. Les lycéens choisiront parmi une dizaine de combinaisons de deux matières : mathématiques-sciences de la vie et de la Terre, lettres-langue vivante, sciences économiques et sociales / mathématiques… Pour ceux qui se souviennent, ces combinaisons correspondent quasiment aux anciens bacs A, B, C, D et E.

La nouveauté, c’est que les élèves choisiront ces majeures pour chaque semestre et pourront décider de les modifier entre la première et la terminale. Au fil des semestres, les élèves auront davantage d’heures de cours dans ces matières.

Quatre épreuves écrites en terminale

Pour l’examen du baccalauréat, le rapport Mathiot suit la feuille de route établie par Emmanuel Macron pendant sa campagne. Le président de la République souhaitait quatre épreuves (contre dix à quinze actuellement) et le reste en contrôle continu. L’ancien directeur de Sciences Po Lille ne change rien d’abord à l’épreuve de français. Elle aura toujours lieu en première. En revanche, il modifie le reste. Quatre épreuves seront au programme de la terminale. Elles compteront pour 60% de la note finale. Au retour des vacances de Pâques, les élèves passeront les examens des deux majeures. En juin, il restera la philosophie.

Un grand oral, et la fin de l’oral de rattrapage

Grande nouveauté, les lycéens passeront un grand oral. Il est question d’une sorte d’exposé d’une demi-heure sur un sujet transversal que l’élève aura travaillé dans l’année. Il pourra porter sur une ou plusieurs matières. Cela rappelle un peu les TPE (travaux personnels encadrés) qui sont une épreuve interdisciplinaire en première, ou, cela ressemble « au projet » en bac technologique.

Le « repêchage », lui, est remanié pour les candidats qui obtiennent entre 8 et 10 à l’examen. Les oraux seront remplacés par un examen du livret scolaire de première et terminale.

Le flou autour du contrôle continu

Pierre Mathiot a choisi de ne pas trancher sur la question du contrôle continu. Il représenterait 40% de la note, les quatre épreuves écrites passées en terminale et le grand oral comptant elles pour 60% (10% pour le français pour tous les candidats, 25% pour les deux épreuves du printemps, 10% pour la philo et 15% pour le grand oral).

Pierre Mathiot propose plusieurs pistes pour le contrôle continu. La première est la prise en compte des notes de première et de terminale. Mais elle comporte le risque d’un bac à valeur inégale selon que l’on vienne d’un lycée prestigieux ou non.

Deuxième possibilité évoquée dans le rapport : les lycéens passeraient des examens académiques ou nationaux ou communs à leur lycée à chaque fin de semestre, des sortes de partiels anonymes. Cela paraît aussi lourd à organiser que le bac actuel.

Troisième option : un mélange entre les deux solutions précédentes. Sur ce point, plusieurs ministres par le passé ont échoué. Le dernier en date est François Fillon en 2005. Finalement, Pierre Mathiot renvoie la « patate chaude » à Jean-Michel Blanquer. Pour décider, le ministre de l’Education nationale devrait mener une concertation et annoncer sa réforme du bac dans les prochaines semaines pour un nouveau bac opérationnel dans trois ans.

(source France Tv)

Les neuro-sciences, cet outil pour donner aux enfants le bonheur d’apprendre

Les politiciens sauront ils donner une forme légale à ces travaux scientifiques et à ces débats de société?

La moindre découverte technique bouleverse l’idée qu’on se fait de soi, ce qui enchante les uns et effraye les autres. Ces deux réactions opposées sont pourtant légitimes, car toute innovation a des effets secondaires, bénéfiques et maléfiques.

La découverte des Chopper, ces galets tranchants de l’époque pré-acheuléenne a modifié la manière de vivre en groupe. En découpant la viande et en raclant les peaux pour en faire des vêtements, on hiérarchisait le groupe. On mettait au sommet les costauds capables de tuer un animal, et les spécialistes qui savaient transformer le gibier en objets techniques, en poinçons pour coudre les peaux ou en collier de dents pour décorer le corps. Les hommes faibles, les incompétents se contentaient des restes.

Si les Mongols sont arrivés aux portes de Vienne en 1241, en écrasant les armées occidentales et en détruisant les villes, c’est en grande partie grâce à l’usage de l’étrier qui permettait à ces petits guerriers de tenir à cheval, de tournoyer à toute allure en lançant des flèches aux gros Teutons, caparaçonnés mais instables sur leurs appuis.

Quand le blocage hormonal de l’ovulation chez les lapines fut découvert en 1929 par deux endocrinologues, cette trouvaille biologique a bouleversé la condition des femmes et l’organisation des sociétés. Les débats fiévreux qui ont suivi entremêlaient les données scientifiques avec des wagons de fantasmes. Beaucoup pensaient que si le ventre des femmes n’appartenait plus à l’État, elles allaient se prostituer pour gagner quelque monnaie. Les femmes, elles pensaient qu’en maitrisant leur fécondité, elles pouvaient désormais tenter l’aventure du développement personnel. Après 40 ans de débat en France, quand la « pilule » fut rendue légale, les féministes possédaient un solide argument.

En 1960, Alain Reinberg démontrait que les rythmes scolaires (leçons d’une heure, grandes vacances de trois mois, lever précoce) étaient tellement dissociés des rythmes biologiques de l’apprentissage, que l’école freinait l’acquisition des connaissances!

En 2017, l’explosion des neuro-sciences pose des problèmes passionnants et terrifiants. Les chercheurs et praticiens se servent de photos de scanners et de films de résonance magnétique (RMI) pour mieux soigner, pour voir comment travaille un cerveau et analyser la mise en place de troubles du développement. Parfois, ils s’effrayent des interprétations abusives et du risque d’emprise des neuro-sciences qui imposeraient à la société des conditions uniquement techniques d’élevage des enfants.

Depuis l’âge du silex taillé, ces attitudes opposées sont inévitables et nécessaires.

En 1954 j’étais à Bucarest à l’époque de Georghiu Dedj avant Ceaucescu. Visitant la Faculté de Médecine, j’ai vu des banderoles où l’on pouvait lire: « Le chromosome est une invention bourgeoise destinée à légitimer le capital. » Les étudiants qui en parlaient étaient collés à l’examen. Dans les années 1970, en France, de nombreuses publications décrivaient le « chromosome du crime » où l’on pouvait constater cliniquement que des hommes grands, chauves et timides étaient particulièrement nombreux dans la population des criminels emprisonnés et des services de psychiatrie fermée. L’utilisation des connaissances génétiques affirmait qu’ils étaient porteurs d’un gène, proche de « l’x » fragile qui les rendait impulsifs jusqu’au crime.

Le grand public était séduit par ces explications scientifiques. Sur le terrain des hôpitaux, j’étais entouré de psychiatres et de psychologues ulcérés par la notion de « programme génétique ». « L’homme n’est pas une machine » criaient-ils, indignés. Sauf que, à la même époque, je me souviens de réunions à la SFECA (Société Française d’Études du Comportement Animal) où des généticiens comme Roubertoux et Carlier, ne parlaient jamais de programme génétique. Ils travaillaient déjà à la notion d’épigénèse en démontrant qu’un alphabet génétique élémentaire, composé de quelques lettres, pouvait écrire mille romans différents, selon les pressions du milieu.

En 1983, dans l’ile des Embiez, près de Toulon, nous avions organisé avec Jacques Petit et Pierre Pascal, un des tout premiers colloque sur les interactions précoces qui étudiaient comment un fœtus, après la 27e semaine et un bébé pré-verbal, avant le 20e mois, entraient en relation avec son entourage. Dans la salle, les psychanalystes suffoquaient de rage. Bernard This, très apprécié dans ce milieu, s’est écrié: « Vous êtes des médecins nazis! Vous faites des expérimentations sur les bébés, vous les considérez comme des objets de sciences alors que ce sont des personnes! Vous les chosifiez! » L’évolution des idées a démontré que, au contraire, ce sont les expérimentations scientifiques qui ont mené à découvrir le monde mental des nouveau-nés. À la Faculté de Médecine, des universitaires enseignaient que « tant qu’un enfant ne parle pas, il ne peut rien comprendre ». Marie-Claire Busnel, Denis Querleu, Herbinet et d’autres chercheurs de laboratoire, associés à des praticiens fournissaient des documents qui ont justifié le succès du très beau film de B. Martino « Le bébé est une personne » (1984) inspiré de Françoise Dolto et de R.J. Bouyer « Les mémoires d’un bébé » (2009) plus proche de l’éthologie humaine.

Comment comprendre cette avalanche de contresens entre les scientifiques, les gens de terrain et la culture du grand public? Il me semble que ces erreurs d’interprétation témoignent d’un trouble de la communication. Dans notre culture occidentale, la fragmentation du savoir mène au pouvoir. Si vous souhaitez obtenir le prix Nobel, faites des publications de carrière, formatées, ennuyeuses, (parfois éblouissantes) qui permettront de plaire à ceux qui ont le pouvoir de reconnaitre leurs pairs. Si vous préférez soigner, vous lirez ces publications que vos patients valideront ou invalideront selon leurs réactions. Et si vous êtes simplement parent ou consommateur de culture, comme tout un chacun, vous interpréterez ces données scientifiques et cliniques selon vos désirs. Si vous avez un appétit pour les explications organicistes, vous éprouverez du plaisir en disant que les neuro-sciences vont tout expliquer et qu’il suffit de les appliquer pour que les enfants se développent bien. En parlant ainsi vous provoquerez l’hostilité de ceux qui ont soif de relations humaines et d’immatérialité. Ceux là éprouvent les neuro-sciences comme une tentative d’emprise, ou comme une usurpation.

Ces désirs opposés ont raison tous les deux. Les images d’IRM en donnant des certitudes, créent une illusion de vérité car, moins on a de connaissances, plus on a de certitudes! Les chercheurs de laboratoire créent des situations expérimentales qui sculptent des atrophies cérébrales ou les réparent. Ils posent ainsi des problèmes passionnants qui ne sont que des croyances momentanées. Sur le terrain, les praticiens avec leurs scanners de ville photographient des milliers d’atrophies cérébrales dont ils ne font aucune publication mais qui, associées aux travaux expérimentaux prennent parfois, pour eux, une valeur explicative.

Certains sociologues, psychanalystes ou littéraires qui ne savent pas lire ces images entendent des interprétations qui alimentent les stéréotypes culturels. Ils appellent ces histoires « neuroblabla ». Ils savent que le cerveau se situe dans la moitié supérieure du corps, mais ils ne peuvent pas imaginer qu’un enfant aveugle de naissance ou malvoyant parce qu’il vit dans un milieu de pénombre, sculpte un cerveau façonné par cette défaillance. Le déficit peut être neuro-sensoriel d’origine individuelle (cécité), autant qu’environnemental (pénombre). En rétablissant l’homéostasie de la communication, le cerveau d’un tel enfant surentraîne d’autres voies de communication auditive ou olfactive. Si bien que lorsqu’il palpe un objet pour le connaitre, ce n’est pas la zone pariétale habituellement consacrée au toucher qui va fonctionner, c’est la zone occipitale qui traite les informations lumineuses et leur donne la forme d’une image. Un enfant sculpté par une défaillance visuelle apprend donc à voir avec ses oreilles, avec son nez et ses doigts. Pour un praticien cette donnée scientifique offre une possibilité d’éducation des malvoyants. On peut lui apprendre à se déplacer en ville avec l’aide de l’audition et à lire un essai philosophique écrit en braille. Une telle donnée neuro-scientifique est un cadeau pour le praticien (médecin ou enseignant) qui désire aider un enfant.

De nombreux travaux issus des théories de l’attachement démontrent comment un nouveau né placé dans une niche sensorielle pauvre, altère le développement de ses capacités cognitives. Tout apprentissage, pour lui, sera laborieux et pénible, puisque son cerveau n’aura pas été entraîné à traiter ces informations. Un tel enfant se sentira agressé par le premier jour d’école, au point de manifester un petit syndrome psychotraumatique (énurésie, encoprésie, refus alimentaire, insomnie, repli sur soi et agressivité). Ces altérations de fonctionnement ne sont pas dues à une mauvaise qualité cérébrale, elles sont attribuables à une défaillance environnementale: mort de la mère, violence conjugale ou précarité sociale. Ces déterminants hétérogènes provoquent un dysfonctionnement cognitif qui, s’il n’est pas résilié, risque de faire d’un tel enfant, un futur mauvais élève.

Un praticien peut admettre un tel raisonnement systémique, mais d’autres chercheurs coupés de la matière, parlent de « neuroblabla » parce que leur cheminement de carrière ne les a pas entrainés à un recueil d’informations pluridisciplinaires.

Pour déclencher un processus résilient, il faut agir sur le sous système défaillant: donner un substitut affectif si la mère est morte ou malade, apaiser la violence conjugale, proposer une école adaptée aux besoins de l’enfant, lutter contre la précarité sociale et bien sûr, empêcher la guerre.

On a pourtant raison de se méfier du neuroblabla car, au nom de la science, on a souvent provoqué des effets pervers. Ce n’est pas la science qui est remise en cause, c’est son effet-discours, c’est l’implicite idéologique que contient toute publication scientifique. Quand la médecine a été couronnée de succès au début du XXe siècle, elle était tellement convaincante qu’elle est devenue totalement explicative. On a dit que la folie et les troubles du développement étaient attribuables à des microbes ou à des intoxications cérébrales. La méningite syphilitique ou tuberculeuse, la folie urémique ou le crétinisme des Alpes étaient des maladies bien identifiées qui, depuis sont bien soignées. Les antibiotiques, l’épuration extra-rénale, l’addition d’iode dans le sel de table ont guéri ces troubles psychiques. Ce sont les progrès de la médecine qui ont disqualifié le modèle médical des troubles psychiatriques. Alors certains ont pris l’habitude de faire confiance aux savoirs médicaux. Ils demandent de trouver la cause médicale des mauvais résultats scolaires, ce qui est parfois pertinent et la plupart du temps absurde.

L’implicite de la découverte des chromosomes et des gènes donnaient une impression de déterminisme biologique héréditaire inexorable. Les scientifiques qui découvraient l’importance des pressions environnementales qui façonnent le cerveau s’opposaient à la doxa. Ils offraient pourtant un degré de liberté, puisque les politiciens pouvaient en tenir compte et agir sur le milieu qui agit sur nos enfants. Lyssenko, ami de Staline s’est opposé à la découverte des chromosomes, alors que les nazis y ont trouvé un argument pour légitimer le racisme. Les éleveurs, en sélectionnant les gamètes des parents renforçaient la théorie de la race, et Émile Zola illustrait, dans les Rougon-Macquart, l’hérédo dégénérescence de cette famille. Une vérité partielle venait de se transformer en biologie imaginaire où certains politiciens trouvaient une source de décisions tragiques. Même les mathématiques furent utilisés pour alimenter cette idéologie qui moralisait le crime en parlant d’hygiène sociale ou d’épuration des sociétés. Dans les écoles, les instituteurs demandaient aux enfants d’évaluer le coût de l’entretien d’un débile. Connaissant le prix d’un appartement, les élèves devaient calculer combien de couples de beaux jeunes gens étaient privés de logement à cause de l’entretien de la vie sans valeur d’un retardé mental. Pour éviter de telles dérives, il est nécessaire que les politiciens organisent des lieux de rencontre entre les scientifiques, les philosophes et les artistes.

L’école a toujours participé à la hiérarchie sociale. Dans la Grèce ancienne, les élèves apprenaient les gestes et la rhétorique qui les aidaient à mieux se reconnaitre afin de se partager les biens et les responsabilités.

Dans les années d’après-guerre, l’école se contentait d’apprendre à lire, écrire et compter avec des méthodes éducatives parfois brutales, dont les enfants souffraient peu, puisque l’école était brève et qu’à l’âge de 12 ans, ils apprenaient presque tous, un métier manuel.

Aujourd’hui l’école devient le principal organisateur social, mais les enfants sont plus lourds car, à cause des progrès technologiques, ils ne deviennent indépendants que vers l’âge de 26-28 ans. Les processus d’apprentissage, plus variés et compliqués nécessitent l’apport des neuro-sciences. Notre ministre Jean Michel Blanquert a donc demandé à Stanislas Dehaene de préciser ce domaine. Il suffit de regarder la composition de son conseil scientifique pour savoir que ce groupe dira que les neuro-sciences sont nécessaires dans les métiers de l’éducation, mais qu’elles ne doivent pas avoir le monopole des explications puisque travaillent ensemble des philosophes, des linguistes et des sociologues qui se méfieront de l’emprise des neuro-sciences.

Le ministre de l’éducation a aussi demandé à votre serviteur de réfléchir à l’école maternelle. J’ai rassemblé une équipe de chercheurs et de praticiens qui défendront l’idée que la maternelle constitue le fondement affectif du plaisir d’apprendre. Le petit, désireux d’explorer son monde, ne peut le faire que lorsqu’il est sécurisé. Il a encore besoin d’une niche sensorielle, affective, composée de quelques figures d’attachement : la mère bien sûr, mais aussi le père, la fratrie, les compagnons de crèche, et les métiers d’accueil de la petite enfance. Les petits ne s’attachent pas forcément à celle (celui) qui a le plus de diplômes, il faudra donc tenir compte de l’importance de ces accueillantes désireuses d’acquérir des connaissances et leur donner une reconnaissance sociale.

Les travaux sur l’attachement fournissent un recueil de données scientifiques où les neuro-sciences s’harmonisent avec les travaux de psychologues, de sociologues et d’artistes, pour expliquer comment l’acquisition d’une confiance en soi, donne aux enfants le bonheur d’apprendre.

Les politiciens sauront ils donner une forme légale à ces travaux scientifiques et à ces débats de société?

 

 

 

Parents d’élèves à l’ère numérique

Les parents s’immiscent-ils trop et ce grâce au numérique ?

 

On en parle. Espaces numériques de travail, e-mails, SMS… Autant d’outils qui permettent une communication plus directe entre familles et école.

Numérique et école. Associés, ces deux mots renvoient souvent à des questions de pédagogie ou d’équipement. Mais la révolution technologique modifie aussi les relations entre les familles et l’institution scolaire.

Beaucoup d’établissements, en particulier dans le secondaire, se sont dotés d’espaces numériques de travail, qui permettent aux élèves comme aux parents d’accéder aux notes, à l’emploi du temps, aux devoirs à faire. Beaucoup adressent aussi des SMS aux familles, à peine constatée l’absence de leur enfant. Et bien des enseignants communiquent désormais aux parents leur adresse électronique ou échangent avec eux via une plateforme en ligne.

Alors que l’école républicaine s’est, historiquement, construite dans une méfiance à l’égard des familles, le numérique contribue à faire tomber les barrières. « On règle désormais des tas de choses avec un simple courriel, sans laisser à la situation le temps de se dégrader », observe Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, syndicat de chefs d’établissement.

Gare à la submersion

Gare toutefois à la submersion ! Parce qu’il est simple de taper quelques phrases sur son clavier, tel parent va multiplier les mails pour qu’on autorise son fils à arrêter le latin en cours d’année, en espérant avoir le principal à l’usure. « Des établissements, croulant sous les messages, ont dû édicter un code de bonne conduite », glisse Philippe Tournier.

« Certains parents, se comportant comme ils le feraient dans leur entreprise, vous adressent un deuxième e-mail si vous ne répondez pas au premier dans un délai de quelques heures », témoigne une professeur. « Je leur rappelle alors que je dois aussi préparer des cours, corriger des copies. Et que j’ai par ailleurs une vie de famille ! »

Une chose est sûre : la possibilité offerte de prendre connaissance au fur et à mesure des notes de son enfant « permet une plus grande réactivité en cas de difficultés », salue Vincent Goutines, référent numérique à l’Apel, l’association de parents d’élèves de l’enseignement catholique. « Le numérique est une chance », affirme-t-il, conscient toutefois qu’« un effort de pédagogie s’impose en direction des parents qui n’en maîtrisent pas les outils ».

Une fenêtre sur les apprentissages

La mère de Naïs n’est pas dans ce cas. Bien au contraire. « À peine rentrée à la maison, ou même depuis son bureau, elle regarde quotidiennement sur le site Internet du lycée le travail à effectuer pour le lendemain », raconte cette élève de seconde, qui voit dans cette attitude « un manque de confiance ».

« De la promesse de transparence au contrôle, il n’y a qu’un pas… Alors que les parents devraient s’appuyer sur le numérique pour motiver leurs enfants, leur apprendre à apprendre », déplore Thierry de Vulpillières, président d’EvidenceB, spécialiste du numérique éducatif.

Dans certains cas, les nouveaux outils ouvrent une fenêtre sur les apprentissages conduits en classe. Avec, là aussi, un revers à la médaille, que pointe l’inspecteur général de l’éducation nationale Georges Fotinos : « Le numérique risque de renforcer un phénomène qui va croissant, la surveillance des pratiques professionnelles des enseignants par des parents qui souvent occupent des positions sociales plus élevées qu’eux. »

JEUDI CE QUE JE VEUX : Bonne et heureuse année

Tant que le mois de janvier n’est pas totalement écoulé, il n’est pas trop tard pour adresser ses vœux. On dira alors que notre équipe attendait que les jours s’allongent un peu et d’être sûr qu’à nouveau la lumière soit là pour vous souhaiter une belle année à venir, pleine d’étincelles, de nouvelles idées et de beaux projets.

Vous êtes de plus en plus nombreux à ouvrir notre Newsletter. Notre pause hivernale a été longue… Nous sommes toujours ici, en veille sur les nouveautés pédagogiques et les avancées technologiques. Nous ferons de notre mieux encore cette année pour vous donner envie de faire évoluer votre métier et vos pratiques.

Amiforement vôtre

Les maternelles d’Allonnes, un exemple national ?

Une première en France

Le projet pédagogique développé pour accompagner les équipements numériques des maternelles menés en collaboration avec l’Éducation nationale pourrait servir d’exemple. En attendant d’être déployé en France, zoom sur l’école  maternelle d’ Allonnes …

Il s’agit de séances de travail qui favorisent la relation entre l’oral et l’écrit, via la reconnaissance et la synthèse vocale : « Je vois ce que je dis, donc je comprends que l’écrit code de l’oral ».
Le projet pédagogique innovant développé dans l’école maternelle d’Allonnes, en partenariat avec l’Éducation nationale, a séduit l’inspection nationale. « Je suis en mesure de vous informer que l’expérimentation des usages du numérique menée dans les écoles des REP d’Allonnes a particulièrement intéressé l’Inspection générale et constitue une première en France », a déclaré Éric Fleurat, lors de sa visite.
L’inspecteur a validé la poursuite de ce dispositif. « Afin de développer une pédagogie originale pour faire progresser dans des proportions sensibles, la réussite des élèves dans le domaine du français », a rappelé Éric Fleurat.

(source : Ouest France)

Grâce aux moyens numériques investis dans les écoles, ainsi qu’au travail des enseignants, le projet pédagogique menée à ‘école maternelle d’Allonnes pourrait être reproduit au niveau national. | Tatyana Tomsickova

 

 

 

Découvrir d’autres méthodes pédagogiques

La classe inversée, le serious game ou le hackathon sont aujourd’hui des pratiques qui suscitent un intérêt croissant. Voici notre sélection pour vous aider à diversifier vos pédagogies.

 

Classe inversée, serious game, hackathon. Ces pédagogies se diversifient et se répandent au sein des écoles et des établissements scolaires. Leur but : encourager la créativité et favoriser l’interactivité. Vous souhaitez, vous aussi, tirer profit d’autres pratiques pédagogiques ? Vous hésitez à vous lancer faute d’outils ? Réseau Canopé vous donne des clés pour vous emparer de ces sujets.

Classe inversée

Vecteur de motivation et d’attention des élèves, la classe inversée connaît depuis quelques années un engouement remarquable. Le principe : faire travailler les élèves en amont du cours via des capsules vidéo et des questionnaires pour laisser plus de temps à l’accompagnement et au travail collaboratif en classe. Comment travailler en classe inversée ? Quelles ressources utiliser ? Réseau Canopé vous propose de vous familiariser avec cette pédagogie, d’enrichir vos connaissances et de découvrir de nombreuses façons de la mettre en œuvre grâce à sa sélection de ressources.

Classes inversées. Enseigner et apprendre à l’endroit ! : cet ouvrage, illustré d’exemples, permet de comprendre le concept de classe inversée et apporte des éclairages pour exploiter ce dispositif d’apprentissage dans votre classe.

Serious game

Aujourd’hui, de nombreux enseignants utilisent des jeux à des fins pédagogiques. Le principe : faire entrer dans les salles de classe les serious games pour « introduire, consolider ou évaluer des savoirs et savoir-faire ». Comment apprend-on avec les serious games ? Quels jeux choisir ? Apprendre avec les serious games ? décrit les avantages et les inconvénients de leur utilisation dans le secteur éducatif. Il propose également une grille de lecture critique pour choisir un jeu pertinent au regard du but visé.

Hackathon

 

Travailler tous ensemble en un temps limité sur une même ressource

L’apprentissage se veut de plus en plus participatif et collaboratif. Les hackathons pédagogiques œuvrent dans ce sens. Le principe : travailler à plusieurs sur la production d’une même ressource en un temps limité. Que permettent-ils d’apprendre et avec quelle efficacité ? Comment organiser un hackathon dans sa classe ?

: organiser des défis pédagogiques est un outil complet et pratique permettant de mettre en place un hackathon au sein de votre classe et de l’adapter en fonction de vos objectifs.

Classes inversées. Enseigner et apprendre à l’endroit !,

Apprendre avec les serious games ?, Hackathons : organiser des défis pédagogiques : des ouvrages pour vous aider à diversifier vos pratiques pédagogiques.

L’un des principaux avantages de l’utilisation de ces pratiques est leur impact positif sur la motivation des élèves. Différents témoignages, relayés par l’Agence des usages, site du pôle recherche et développement de Réseau Canopé, le soulignent : elles permettent à la fois de dynamiser l’apprentissage et de favoriser le travail collaboratif.

Nous rappelons que notre centre de formation Amifor peut organiser une session dans votre établissement pour vous apprendre à monter de tels scenarii pédagogiques.

Contactez nous ! 0647699733
mail : amifor@33id.fr

 

 

 

 

 

Des neurosciences aux sciences de l’éducation

Nommé à la tête du nouveau Conseil scientifique de l’éducation nationale, Stanislas Dehaene, ce grand spécialiste des sciences cognitives et professeur au Collège de France a un credo : « enseigner est une science ».

 

Nommé à la tête du nouveau Conseil scientifique de l’éducation nationale, ce grand spécialiste des sciences cognitives et professeur au Collège de France a un credo : « enseigner est une science ».

Stanislas Dehaene, neuroscientifique

Tout de noir vêtu, coiffé d’un feutre sombre, Stanislas Dehaene nous mène à son bureau d’un pas vif. La pièce est exiguë, mais le lieu prestigieux. Ce 2 janvier, nous sommes au Collège de France, où le professeur tient la chaire de « psychologie cognitive expérimentale ». Comment notre cerveau encode-t-il nos capacités de lecture, de syntaxe, de calcul, de raisonnement, de prise de conscience… ? Pour répondre, il pointe ses « télescopes » (des instruments d’imagerie) sur une galaxie miniature, notre encéphale, peuplée de myriades d’étoiles, les cellules nerveuses.

Ce neuroscientifique de 52 ans, expert des bases cérébrales des opérations les plus pointues du cerveau humain, a un credo : « enseigner est une science ». Un principe qui animera aussi le Conseil scientifique de l’éducation nationale, dont Stanislas Dehaene a été nommé président et qui sera présenté mercredi 10 janvier par le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer.

« Ce qui me motive, c’est l’idée d’agir pour l’éducation des jeunes, indépendamment de toute idéologie, assure-t-il. Beaucoup d’enfants de milieux défavorisés pourraient avoir un avenir brillant, mais ils en sont privés parce qu’ils n’ont pas bénéficié des enseignements adaptés. » « Stanislas Dehaene est dans une quête permanente de l’intérêt général fondé sur la science. Avec ses travaux sur l’origine du langage, il fait l’articulation entre sciences dures et sciences humaines », nous confie à son propos de lui Jean-Michel Blanquer, qui a découvert ses travaux dans les années 2000, en lisant son ouvrage La Bosse des maths (éd. Odile Jacob, 1997).

En 2010-2011, du temps où l’actuel ministre était directeur général de l’enseignement scolaire, il avait invité Stanislas Dehaene à siéger au sein d’un conseil scientifique de l’enseignement scolaire, une ébauche du nouveau Conseil.

En décembre 2013, c’est encore son credo, « Enseigner est une science », qui donne son titre…

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/01/09/stanislas-dehaene-des-neurosciences-aux-sciences-de-l-education_5239132_1650684.html#U00EpQmqAZLyheOE.99